Partager l'article ! Attention aux portes ouverts: La journée se termine. Bientôt de retour à la maison, Yann, comme à son habitude écout ...
La journée se termine. Bientôt de retour à la maison, Yann, comme à son habitude écoute les informations dans sa voiture. 30 minutes de parlotte, ça fait une présence et ça permet de décompresser. Il est 19h. Il fait déjà nuit. Politique étrangère, nationale, économie, catastrophe……faits divers « Un homme a été retrouvé ce matin inanimé chez lui. Il a été battu par ses agresseurs qui voulaient récupérer sa carte de crédit et son code. Il semblerait que les malfrats attendaient la victime dans son appartement. Ces jours ne sont plus en danger et la Police attend sa déposition avant d’en dire plus. Méfiez vous, c’est déjà la 6ème victime de ce genre d’agression. Sport… » C’est toujours un régal les infos, parfait pour se détendre.
Arrivé au pied de son immeuble, place de parking habituelle libre. Personne ne s’est donné le mot mais chacun a pris l’habitude d’utiliser une place de parking particulière. Même lorsqu’un visiteur, non au fait des coutumes locales, emprunte une place au hasard, ne se doutant de l’ignominie, l’habitant malheureux n’ayant plus de place ne va pas se placer à une autre place et préférera se garer plus loin. Un immeuble de civilisé en quelque sorte. Ce soir, c’est la place, d’à côté, celle de Mr Martineau qui est occupée par une fourgonnette blanche. Peut être une entreprise de dépannage. Aucune inscription sur la carrosserie.
Yann descend de son véhicule et se dirige vers la porte de l’immeuble. A peine a-t-il posé les mains sur la poignée qu’il fait un pas en arrière. Un peu songeur, hésitant. Il revient sur ses pas. Il fait le tour de sa voiture et vérifie toutes les portières et le coffre. La fermeture centralisée a bien fonctionnée. Il est un peu distrait ce qui ne convient pas à un maniaque angoissé. Il ne prête jamais attention aux actions répétitives et a sans arrêt la sensation d’avoir oublié de fermer une porte ou d’éteindre une lumière.
Comme toujours il commence par relever son courrier. Le colis qu’il attend n’est pas arrivé. C’est curieux, le vendeur lui avait assuré l’arrivée aujourd’hui. Il fera sans. A moins que le facteur n’est pas osé le laisser dans la boite mais pas d’avis de passage. Le panneau « En Panne » est encore aimanté à la porte de l’ascenseur. Ce n’est pas trop grave. Il ne l’emprunte que lorsqu’il est chargé. Une fois déjà il s’est retrouvé coincé à l’intérieur. Il n’avait pas paniqué, enfin pas vraiment. L’angoisse était montée mais il était ressorti à temps. Depuis il est devenu un peu paranoïaque avec cet appareil. En tout cas ce n’est pas ce soir qu’il va avoir de souci avec. Il pense à Mélanie, sa nouvelle petite amie, elle a déjà remarquée ses petites manies, peut être ses angoisses aussi. Ils s’en amusent.
L’escalier est sombre. La moitié des ampoules sont grillées. Il serait temps de faire quelque chose avant qu’il n’y en ai plus une seule qui fonctionne et surtout avant que quelqu’un se fasse très mal. 4ème étage. Il doit se dépêcher un peu avant que Mélanie arrive. Il appuie sur l’interrupteur. Un flash, le noir. Encore une de grillée. Il prend la clé dans sa main avant de s’engager dans cette obscurité. Il trouve à tâtons la serrure. Machinalement, il pose la main sur la poignée. La porte s’entrebâille. Elle est restée ouverte.
Stupeur. Le sang ne fait qu’un tour. Il a bien fermé la porte avant de partir ce matin. Il a vérifié comme à chaque fois. Il se souvient avoir fait demi tour au milieu du couloir. Le coeur palpite. Pas besoin de poser l’oreille pour s’en rendre compte, le pou s’accélère. L’angoisse monte. Les mains deviennent humides. Il souffle pour se calmer. Il repense aux infos dans la voiture. C’est n’importe quoi. Ce serait pas de bol que ça lui arrive à lui aussi. Et puis les types sont attendus maintenant. Il est préférable qu’ils se tiennent à carreau. Mais si c’était eux. Si les bandits l’attendaient. Mais peut être est ce un simple cambriolage, ils ont déjà tout pris et sont partis. Et si ils étaient encore là. Dans ce cas il faut peut être mieux fuir. Yann recule déjà. Il se ressaisit. Il se sent vraiment ridicule. Il a peur de tout. La porte n’a pas été fermée à clé ; c’est tout.
Prenant son courage à deux mains, il commence à pousser délicatement la porte. Il stoppe net. Le grincement de la porte risque de marquer sa présence. Comment faire ? Entrer rapidement pour profiter de l’effet et avoir le temps de s’enfuir si besoin est, ou partir se réfugier de suite. La deuxième solution parait plus prudente mais pour faire quoi ? Il ne peut aller voir la police comme ça. On va le prendre pour un fou. Bon il faut rentrer. Tout est dans la délicatesse de l’ouverture. Il ne faut pas faire pleurer la porte, surtout avec le silence ambiant. D’ailleurs ils sont forts, on croirait qu’il n’y a personne.
La porte s’écarte silencieusement. Le vrombissement est minime. Yann soulève quelque peu la porte pour que les gonds ne couinent pas. L’ouverture est désormais suffisante pour se faufiler. Il scrute l’entrée. Le couloir est dégagé. L’oreille aux aguets, il attend. Un bruit. Des pas ? Peut être pas, c’est trop rythmé et régulier. Les yeux se figent et cherchent dans la pénombre. Rien. Le son provient de la cuisine. Pour l’atteindre il faut passer devant le salon. Se déplacer comme un ninja. Ca tombe bien il est habillé en noir. Mais côté légèreté, souplesse et rapidité ce n’est pas ça. Ne pas frapper le sol. Ne pas trainer les pieds. Le couloir est beaucoup trop long aujourd’hui. De plus aucune possibilité de se camoufler. La porte du salon approche. Elle est grande ouverte. La lumière est allumée. Porte ouverte, lumière allumée, beaucoup trop d’oublis pour que ce soit lui le fautif. Yann décide de passer devant le salon allongé. Il observe la pièce en rampant, pas de jambes apparentes. Mais toujours se tapotement intriguant provenant de la cuisine. Il poursuit son chemin. Cuisine semble calme également. Il lève la tête. Le robinet goutte. Voila l’origine de ce bruit. Petit soulagement. Puis il remarque un sifflement. La bouilloire est sur le feu. Il y a bien quelqu’un d’autre dans cet appartement. En plus de s’inviter chez lui, ils se préparent un thé, aucun savoir vivre en plus. Il ne reste plus que la chambre et la salle de bain à visiter. Il s’approche de la porte. Il a l’impression d’entendre un souffle. La main se temps sur la poignée. Un sifflement, il se bloque. Le stress est insoutenable. C’est la bouilloire. Peut être vont-ils apparaître. Personne ne bouge. La porte ou la bouilloire. La porte d’abord. La main sur la poignée. Des pas. Un claquement de porte. Il recule d’un coup. Se cogne dans le meuble du téléphone. Le rattrape in extremis. Il se retourne, se prend les pieds dans le fil. Il chute et se retrouve allongé sur le dos. Il observe les longues jambes nues s’approcher rapidement de lui.
-« Bonjour Chéri, la vue est belle dans bas.
-…..
- Bah alors !!!
- je vérifiais la propreté du sol…, dit il tout bégayant
- Avec ta veste sur le dos bien sûr !!
- Je nous ai fait du thé. Heureusement, que tu m’as laissé un double, j’ai fini plus tôt finalement.
Yann ne se souvient pas lui avoir laissé le double, en même temps il a un peu de mal à se concentrer dans cette attitude ridicule.
- Alors tu veux un thé ou pas, dit-elle en rentrant dans la cuisine. Je viens de te descendre ta poubelle. Il faudrait signaler au concierge qu’il a oublié de retirer les panneaux « en panne ». En même temps, il y a plus de chance d’attraper l’ascenseur comme ça, Au fait, il faudrait que tu me laisses ta carte de crédit et ton code…
Yann pénètre dans le salon en tournant la tête vers la cuisine, un peu surpris.
- … pour pas que José t’amoche trop…
Une ombre s’abat sur son visage.
« Faits divers, hier encore un homme agressé dans son appartement. Il est encore actuellement dans le coma. Il n’y a aucune trace d’effraction. La police pense que c’est toujours le même gang qui agit. Ce serait la 7ème victime. Encore un homme. »
M.
Moi, j'ai commencé à me détendre quand il s'est emmêlé dans les fils du téléphone... Moralité : j'ose pas rentrer chez moi, j'ai froid et j'ai peur !!!
Bravo, bien amené : c'est la bouilloire qui fait croire très tôt à une fausse alerte : chapeau !